Un canon (en autogestion) pour les fêtes, et pour tout le monde.

À l’approche des fêtes de fin d’année et dans cette belle période de merde dans laquelle nous flottons toutes et tous, on a décidé de se réunir avec quelques copains vignerons et gérants de caveau pour amener un brin de soleil (en bouteille) à ceux qui en ont bien besoin mais que notre monde laisse invariablement de côté.

On lance un truc, on verra bien si ça marche. On espère être dans les délais aussi, parce que c’est dans pas longtemps tout ça et que c’est le rush des expéditions. « Un canon pour Noël » donc. Le centre social autogéré la Dar Lamifa, lieu de vie et de liberté bien connu des marseillais, a bien voulu récupérer quelques quilles de nos productions respectives pour arroser un peu les repas des fêtes qui auront lieu au centre pour les personnes du coin seules et sans le sou. À terme, l’idée c’est d’essayer de reproduire ça dans d’autres lieux en France, avec d’autres canonniers que nous autres du quart sud-est (on a quand-même un beau et bon savoyard en la personne de David Giachino, on ratisse large géographiquement).

Pour le moment, on est 5 :

– David du domaine Giachino, Savoie.
– Yann du domaine du Petit Août, Hautes-Alpes.
– Mélanie de La Caillasse, Luberon.
– Sylvain du caveau de Marrenon, Luberon.
– Moi-même des Vignes Libres, un peu partout et nulle part.

Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Parce que tout compte, et que la fraternité c’est jamais trop peu.


Vigneron.nes du monde entier, ne laissons personne sans un canon pour Noël !

L’après Vignes Libres ?

La future plantation, une « Page Blanche » où tout reste à écrire.

Vous allez dire : « le mec parle déjà de l’après Vignes Libres alors qu’on l’a découvert hier » et vous aurez raison. Enfin, à moitié raison.

Parce que oui, les Vignes Libres est une aventure qui a une date limite dans le temps. Rien de grave, c’est simplement une structure de négociant-vinificateur qui mourra de sa belle mort lorsque mes vignes rentreront en production.

Mes vignes ?

Oui, c’est le rêve. Et ce sera même une réalité dans quelques mois. Mais revenons en arrière. Le rêve, donc. De planter de la vigne dans la vallée où mes racines sont ancrées. À 1000m d’altitude. On s’est moqué de moi, on m’a dit que j’y arriverai pas (j’utiliserais volontiers la légendaire photo de ce cher Camelus Blaah, mais vous n’aurez qu’à aller la voir tout en bas de cet article publié sur un site d’informations footballistiques dantesque). Et ben me voilà, après des années de galère, en passe de les planter ces vignes.

Mais à créer quelque chose de toutes pièces, autant le faire bien. J’ai eu toute la liberté que je veux, alors ma première décision a été d’abandonner les clones. Avoir 3000 fois le même pied de vigne, non merci. J’ai donc choisi des sélections massales, sélectionnées depuis des générations par des paysans-vignerons pour leurs qualités. Et pas des putain de clones sans histoire. Il a fallu aller taper à des portes. Et j’ai pu me rendre compte que le milieu du vin n’est pas aussi pourri qu’il en a l’air. Attention, il a son lot de trous du cul (après tout il est composé d’êtres humains qui en ont tous un) mais ce sera peut-être le sujet d’un autre billet. J’ai donc sollicité de chouettes gens et ils ont tous répondu favorablement à ma demande de greffons :

– Yann de Agostini du Domaine du Petit Août à Remollon (05) pour le mollard.

– Laurent, chef de culture à St Cosme, Gigondas (84) pour les clairettes blanches.

– Le domaine Quenard à Chignin (oui mais lequel ? J’en sais rien, c’est la pépiniériste qui les a récupéré pour moi !) pour la roussanne.

– Guillaume Gilles à Cornas (07) pour la syrah (de 1870 excusez du peu !)

– Julien Guillot des Vignes du Maynes à Cruzilles (71) pour le gamay noir à jus blanc.

Merci à eux de m’avoir confié ces trésors. À moi de leur faire raconter une toute nouvelle histoire sur mon terroir de haute montagne.

La collecte fût l’occasion de prendre la route avec mes chefs d’équipe de vendanges (et amis comme on en fait pas trois).

Melon et melèche en terre mâconnaises.

On a fait beaucoup de route, bu du Cornas à 9h du mat’, mangé à la Brasserie Pic à Valence comme des gros sacs, passé 4 heures chez Julien à Mâcon (enfin, à Cruzilles) dont la moitié à déguster, vu l’OM perdre en coupe contre Lyon le soir en jouant aux fléchettes et au snooker… Parce que le vin c’est aussi ça. Le partage avec les gens qu’on aime, les défaites au football contre un club honni, les bornes, les gueules de bois…

On voyait plus le billard à la fin, mais au moins on voyait plus le match non plus.

Une Page Blanche ?

Parce que tout reste à écrire. Ce sera le nom de mon domaine. Enfin, pas tout à fait que le mien. Mais c’est une autre histoire que je vous raconterai bientôt.

… From my Friends ?

Ils sont tous sur l’étiquette, mais tous ceux de l’étiquette ne sont pas sur la photo !

Le vin des copains, celui qu’on a fait à mille au moins. Avec son profil Grenache rassurant, il ne manquera pas de vous surprendre malgré tout. Passé la jolie fraîcheur de l’attaque, on baigne carrément dans la cerise à l’alcool et les fruits rouges frais. La finale réglisse amène des tanins bien en place et fondus. Il à bien digéré l’élevage de 8 mois en barriques plus ou moins vénères.

Work in progress.


IMPORTANTISSIME, il doit être carafé (une heure avant de le boire c’est top) pour exprimer tout ce qu’il a à dire. C’est la vie (sans intrants) qu’on a choisi. Rien de grave, rien de nocif. Ah, et servez-le à 15° pour le mettre dans les meilleures conditions tant que vous y êtes. C’est le canon de plaisir, pas prise de tête qui glisse dans le gosier sans prévenir.

Accord pinard et mets : Le plateau de charcuterie, la salade chou rouge-tofu-tomates séchées, la tarte aux fraises…

Il n’attend plus que vous et vos Amis.

Le vin des Vignes Libres, d’où vient-il ?


Venu du Luberon pour niquer des m… Disons simplement pour commencer. Parce qu’il faut bien commencer quelque-part, et qu’il y a pire que le Lub’ on est d’accord. J’ai fait ma formation au domaine des Tuiles Bleues, chez Céline et Laurent. Des amis pour la vie, ça se gagne pas tous les jours. Jamais ils n’ont été mes patrons. Mentors, modèles, confidents, amis donc.

Le beau Laurent !


Ils m’ont mis le pied à l’étrier en me filant du raisin pour mon premier millésime en 2018. Une bonne grosse tonne de grenache issus de vieilles vignes de 50 ans, excusez du peu.

Sexy hein ?

Malheureusement, le vin ne s’est pas fait comme je l’aurais voulu. C’est ma faute, et j’en ai tiré les conséquences. À trop vouloir laisser faire, on prend la confiance et on oublie de gérer les températures. Et voilà l’erreur, du coup pas de Grenache. Quelques 200 bouteilles à peine sur le millésime 2018, une cuvée confidentielle appelée sobrement « A » issue à 100% du cabernet-sauvignon de mon pote Nico. L’identité de mes vins était déjà perceptible dans cette cuvée, et ce sera je l’espère la trame de tous ceux qui suivront :

– une partie des raisins vinifiés en macération semi-carbonique.
– extraction modérée, infusion lente et douce.
– ne pas dénaturer l’identité du cépage et du terroir.
– faire un vin propre, vivant et sans intrants chimiques (je suis pas un fondamentaliste du sans SO2, mais si mon vin n’en a pas besoin j’en rajoute pas).
– garder de la fraîcheur pour une grande buvabilité, et pour commencer à raconter une histoire montagnarde dans mes quilles.
– élevage dans des barriques de plusieurs vins pour qu’il puisse évoluer tout en ne boisant pas trop.

On l’a quand-même bien essayé, ce A.



Heureusement, une jolie année 2019 a chassé à grands coup de pieds au cul ces débuts pour les moins chaotiques. Nouveau départ sur une nouvelle parcelle, à la Tour d’Aigues cette fois. Une parcelle que Laurent et Céline travaillaient depuis des années pour le compte de Laetitia (promis après j’arrête de rajouter des personnages) avec pas mal de Grenache, un peu de Syrah et une bonne moitié de Chasan. J’ai tenté le blanc de macération, histoire de continuer à faire une connerie par an. Ça n’a pas marché. Alors on a fait de l’eau-de-vie fine, et elle par contre elle marche d’enfer. Peut-être la goûterez-vous dans quelques années…

Quant au cab’sauv de Nico, et bien disons que les sucres résiduels m’ont joué un tour de con. Enfin, surtout mon densimètre de pacotille (j’en ai changé depuis vous en faites pas). Ces fameux sucres ont donc fait repartir la fermentation en bouteille, et j’ai eu 300 quilles qui ont fait péter le bouchon alors qu’elles étaient couchées en cave, tranquille. Ironie du sort, cette cuvée devait s’appeler « Calm Like a Bomb ». On peut dire qu’elle a fait le taf.

Le millésime 2019 on en parle ?


Vendange précoce pour le blanc (22 août, 40 degrés, pas un grand moment mais bon fallait le faire), vendanges plutôt  »normales » dans le courant de la troisième semaine de septembre pour les rouges. Des vinifs éclair (15 petits jours pour les fermentations alcooliques) et un élevage au frais de ma cave bas-alpine à 9°C dans le cœur de l’hiver (parce qu’en fait je vinifie à Clumanc, les raisins voyagent avant d’entamer leur parcours vinifiatique). Ah, et j’ai encore pris le Cabernet-Sauvignon de Nico, vous verrez la suite s’annonce explosive.

Mise en bouteille au mois de juin 2020, puis rien ou presque pendant l’été. Avec tout le foin à faire, les moutons à la montagne (ah oui, j’ai des moutons aussi), pas trop de temps à consacrer à la vente. Faut dire que le contexte sanitaire tout pourri n’incitait pas trop à faire des dégustes sauvages. Et que le vin n’était pas encore bien en place.

Les vendanges de 2020 sont arrivées, toujours chez Laetitia. Beaucoup moins de raisin qu’en 2019, la faute à cette saloperie de mildiou, et à un coup de gel fin mars. Mais la qualité est là et au moment où j’écris ces lignes le vin est au propre en cave, pas tout à fait fini mais presque (1003 de densité). J’ai tout à fait confiance en lui pour aller chercher ces derniers sucres au printemps. Moins de raisin certes, mais des vendangeurs de qualité mondiale.

Romain, Nana (ma tendre et chère épouse), Mozer, Laetitia et Jean.
None, Francky (mes chefs d’équipes), ma Furie tout à droite, et moi au milieu.
La fin des vendanges. Ah non, le midi du premier jour. Adri au premier plan, vous connaissez les autres.
Si vous la connaissiez, vous entendriez le rire de Camille rien qu’en voyant cette photo.

Et une fois les vinifs finies (enfin, en pause quoi) j’ai pu me reconcentrer sur le millésime 2019. Il est en place, il fait exactement ce que j’attends de lui : glisser dans le gosier, donner envie d’en reboire un. J’en parle plus longuement dans un autre billet.

Voilà pour la génèse des Vignes Libres. Bientôt, vous saurez ce que le futur réserve. Préparez-vous à prendre de l’altitude !

De quoi le vin est-il fait ?

À votre avis ? Du raisin déjà. Et ? Et puis c’est tout (ou presque). La nature nous donne tout ce qu’il faut pour que le vin soit bon, pourquoi aller l’altérer ? Attention, il n’y a rien de plus faussement facile que de faire du vin sans intrants chimiques. Je travaille sans filet, et les seules choses maîtrisées ce sont les températures et l’extraction. Je laisse les levures indigènes faire tout le boulot sans venir les emmerder avec des souches sélectionnées. Elles sont les garantes de la véritable expression du terroir. Après tout, ce sont elles qui se sont développées sur la pellicule des raisins. Alors pour avoir du vin qui raconte l’histoire d’une terre, il ne faut pas les mettre en sourdine. Bien au contraire.

De quoi le vin est-il fait au final ? De raisin, d’un terroir et de temps. Mais aussi de convictions. Celles de travailler proprement déjà. La bio, c’est pas qu’une ligne en plus sur la déclaration PAC. C’est une envie profonde de laisser la nature s’exprimer. Le vin n’en sera que plus riche en émotions. Celle de vous proposer des vins qui me ressemblent aussi, mais ça vous vous en rendrez compte en venant me rencontrer pour déguster.

Enfin, pour moi, faire du vin c’est un acte militant. C’est ma façon de contribuer aux luttes de notre temps. Comment vous dites ? Et bien vous verrez.